lundi 11 mai 2009

Relance de l'économie numérique, une autoroute vers le vide

Le gouvernement a annoncé son plan de relance de l'économie numérique. Il a le mérite d'exister. Il est doté de 800 M€. Faisons la fête et préparons nos dossiers...

Stop.

Comme pour les contrats d'assurance, il faut lire les petites lignes en bas de la page.
En fait, 750 M€ iront au déploiement de la Fibre optique afin de doubler le nombre d'abonnés en Fibre. Free annonce qu'il a déjà connecté 4 millions d'utilisateurs. Nathalie Kosciusco-Morizet souhaite en ajouter 4 millions supplémentaires. Nous voilà donc amputés de la part du lion qui ira sans nul doute à FT et à ses amis du CAC 40. Les 4 millions d'abonnés supplémentaires payeront plus cher une connexion et un débit qui ne leur apportera rien de mieux que ce qui est déjà en place. Ces 4 millions quitteront les statistiques des foyers français les mieux équipés pour rejoindre celles toutes nouvelles des foyers français suréquipés. Les entreprises seront également bénéficiaires de ces solutions au prix fort.

Reste quand même 50 M€. Et ce n'est pas rien.

Enfin presque puisque 30 M€ iront aux éditeurs de jeux vidéo qui prennent la claque de l'industrie du support optique, a.k.a. DVD, CD et consorts qui souffrent plus que les autres du téléchargement et de la concurrence mondiale puisque les jeux ignorent les frontières, ne connaissent pas de zonage comme les DVD et se retrouvent en vente pirate dans n'importe quel aéroport asiatique le lendemain de sa mise sur le marché. Mais cette fois, plus question de jeter l'argent par les fenêtres. Les éditeurs de jeux vidéos vont travailler sur des jeux sérieux, des jeux d'entreprises, pour des entreprises sérieuses.
A part IBM qui s'est largement implanté sur Second Life, on voit mal quelles sont les entreprises qui vont commanditer des jeux d'entreprise en ligne ou en vidéo sur des marchés où les CD-ROM de formation n'ont jamais marché, où les jeux d'entreprise restent marginaux et où les budgets de formation sont d'une maigreur à faire pâlir une vache éthiopienne...

Mais bon, il reste 20 M€. Et ce n'est pas beaucoup mais c'est déjà ça...

Enfin presque puisque ces 20 M€ seront destinés à des plates-formes de web 2.0 (comprenez des CMS) permettant de faciliter et de faire connaître les services des institutions françaises... La République fera appel à des éditeurs de logiciels français (ou étrangers ayant filiales en France) pour concevoir des « solutions collaboratives »...
Il existe à ce jour des dizaines de solutions collaboratives gratuites, performantes, diverses et capables de convenir à n'importe quel projet institutionnel aussi complexe soit-il. Pourquoi aller donner 20 M€ à des éditeurs de logiciels qui n'ont pas jusqu'ici démontré leur capacité à concurrencer les étrangers par des produits performants ? Pourquoi subventionner ce qui ne marche pas d'un point de vue purement industriel et capitaliste ? Dans le monde numérique, il y a ceux qui ont une bonne idée et qui trouvent naturellement un public, et donc un marché. Et il y a ceux qui n'ont pas d'idées ou de fausses bonnes idées et qui disparaissent. Pourquoi diable entretenir des perdants ?

Mais bon, c'est toujours mieux que rien.

La conclusion de tout cela, à chaud et sans recul, est une absence totale d'investissement sur l'avenir. Pas de fond d'investissement ou de mesures incitatives pour la création de sociétés innovantes en matière de IT. Pas de subventions pour les innovations techniques. Pas de laboratoire institutionnel de l'innovation. Pas de contenus pour garnir toutes ces autoroutes de l'information et de la communication. Pas de label IT du futur. Même pas un pauvre concours primé pour stimuler l'innovation technique et industrielle... En bref rien pour le futur. Venant de l'institution chargée de la prospective, c'est un poil décevant.
Il faudra donc aux entrepreneurs français qui ne sont pas dans le sérail qu'ils aillent chercher une fois encore de l'argent et des investissements ailleurs... et vu la mollesse des banques françaises...

0 commentaires: